Cela fait maintenant 17 ans que le yoga fait partie de ma vie.
17 ans, c’est suffisamment long pour avoir connu des périodes de pratique intense, des périodes plus irrégulières, des découvertes, des doutes, des expériences très fortes et d’autres beaucoup plus discrètes.
J’ai appris à écouter mon corps
C’est probablement l’une des transformations les plus importantes de mon parcours. Et elle n’était pas évidente.
Pendant longtemps, personne ne m’avait vraiment appris à écouter mon corps.
J’avais plutôt appris l’inverse : avancer, faire, dépasser, tenir, continuer, performer.
Le yoga, puis certaines difficultés de santé, m’ont obligée à regarder les choses autrement.
À écouter ce que mon corps disait avant qu’il soit obligé de crier.
À reconnaître :
- la fatigue, la tension, les besoins, les limites, le ras-le-bol
- aussi les ressources.
J’ai découvert que le corps n’était pas quelque chose qu’il fallait simplement faire fonctionner.
C’est un partenaire très intelligent.
Et apprendre à l’écouter a profondément changé ma manière de pratiquer et d’enseigner.
J’ai appris à écouter plutôt qu’à forcer
Pendant longtemps, comme beaucoup de personnes, j’ai pu associer l’effort au fait d’avancer :
- faire davantage
- tenir plus longtemps
- aller plus loin
Le yoga m’a progressivement appris que l’écoute pouvait être beaucoup plus transformatrice que la volonté.
Cela ne signifie pas ne plus faire d’effort.
Cela signifie apprendre à distinguer l’effort juste au bon moment de la tension inutile.
Et cette différence ne se comprend pas seulement intellectuellement.
Elle se découvre dans le corps. Le corps est souvent le messager.
J’ai découvert que l’immobilité pouvait transformer
La montagne m’a beaucoup appris sur ce sujet. Elle est là, immense et immobile.
Et pourtant, elle provoque en nous des changements profonds.
Le yoga m’a fait découvrir une forme similaire d’immobilité :
- rester dans une posture.
- puis rester assis sans bouger.
- puis simplement observer, ressentir.
Lorsque le corps cesse de bouger, on découvre parfois que l’intérieur, lui, continue de s’agiter.
Et c’est précisément là que commence une autre partie du chemin.
J’ai découvert que le souffle pouvait changer notre état
Les pranayamas ont progressivement pris une place importante dans ma pratique.
Ils m’ont fait découvrir toute une palette d’effets possibles : certaines pratiques apaisent, d’autres dynamisent, certaines développent l’attention, d’autres modifient plus profondément notre état.
Cela m’a aussi appris à respecter leur puissance.
Le pranayama n’est pas simplement une manière de « bien respirer ».
C’est une pratique qui mérite d’être apprise et guidée.
J’ai vécu des expériences très fortes… et appris à ne pas les rechercher
Au cours de ma pratique, j’ai vécu des expériences étonnantes de modification de conscience.
Certaines ont été très intenses.
Et naturellement, après avoir vécu quelque chose de particulièrement fort, j’ai voulu retrouver cet état.
J’ai donc refait un jour exactement les mêmes exercices.
Et… rien.
Ou en tout cas, rien de comparable.
La deuxième expérience était complètement différente.
Cela m’a appris quelque chose d’essentiel : on ne peut pas fabriquer un état de yoga.
On peut créer les conditions et continuer à pratiquer. Être présent, écouter, ressentir.
Mais l’expérience qui apparaît appartient au moment présent, elle ne se commande pas.
J’ai appris à ne pas me comparer
Cela vaut :
- pour les postures.
- pour la respiration.
- la méditation.
- le Yoga Nidra.
Certaines personnes ont besoin de beaucoup de temps pour stabiliser leur attention.
D’autres entrent très rapidement dans un état méditatif.
Certaines ressentent énormément de choses.
D’autres presque rien, du moins consciemment.
Et parfois, le corps travaille longtemps avant que quelque chose ne devienne perceptible.
Nous sommes uniques. Notre histoire, notre corps, notre système nerveux, notre sensibilité et notre chemin sont différents.
Le yoga n’a donc pas besoin de devenir une compétition intérieure.
J’ai découvert que le yoga m’a rendue plus authentique
Avec le temps, la pratique m’a amenée à mieux voir mes fonctionnements, mes contradictions, mes réactions.
Elle m’a aussi appris à être davantage moi-même.
Pas une version idéale de moi. Pas une personne parfaitement calme et détachée.
Simplement une personne qui se connaît un peu mieux et qui peut davantage choisir comment elle agit.
Le yoga m’a appris que la conscience ne sert pas à devenir parfait. Elle permet de voir. Et voir permet parfois de changer.
Le yoga s’est installé en dehors du tapis
C’est probablement l’une des choses que j’aime le plus dans cette pratique.
Un jour, on réalise que ce que l’on travaille sur un tapis commence à apparaître ailleurs.
Dans notre manière de respirer face à une difficulté.
Dans notre capacité à faire une pause avant de réagir.
Dans notre façon d’écouter quelqu’un.
Dans notre rapport à l’effort.
Dans notre manière de poser une limite.
Dans notre capacité à reconnaître que quelque chose ne nous convient plus.
Dans les espaces de solitude et de difficultés de santé.
Le yoga transforme ma vie par étapes.
Parfois, une prise de conscience arrive très vite.
Mais le plus souvent, le travail est beaucoup plus lent.
Il se fait en profondeur, parfois pendant des mois ou des années, avant qu’une évidence apparaisse.
Et avec moi, il est plutôt du genre patient 😉
Après 17 ans, je continue
C’est peut-être finalement la chose la plus importante.
Je continue à pratiquer, à me former, à découvrir. A être surprise.
Et je continue à apprendre.
Parce que je ne considère pas le yoga comme un chemin que l’on termine.
C’est un chemin de conscience.
Et chaque étape de la vie peut ouvrir une nouvelle porte.
C’est probablement pour cela que, 17 ans après avoir commencé, je suis toujours là.
À pratiquer, à chercher, à affiner mes perceptions, à écouter.
Et aujourd’hui, à transmettre ce que le yoga m’a appris, tout en sachant que j’ai encore beaucoup à apprendre.
C’est aussi ce que j’essaie aujourd’hui de transmettre dans mes cours : un yoga qui laisse le temps d’observer, de ressentir et de comprendre, plutôt qu’un yoga dans lequel il faudrait réussir quelque chose.



